L’intelligence artificielle occupe aujourd’hui une place croissante dans les discours sur la transformation des métiers (il suffit d’ouvrir son fil d’actualité Linkedin!).
Entre promesses d’automatisation totale et craintes de déshumanisation, difficile de distinguer ce qui relève de la réalité opérationnelle de ce qui appartient à la prospective (pour combien de temps ?)
Intervenant dans le conseil, j’ai fait le choix d’expérimenter ces outils depuis maintenant 3 ans, au quotidien, sur des missions concrètes (en stratégie, en structuration et management).
Voici mon retour d’expérience !
Non ! L’IA n’automatise pas le conseil, mais l’assiste
La première fausse idée est celle de l’agent IA universel, capable de reproduire une mission de conseil de bout en bout.
Autant, dans d’autres secteurs, l’automatisation de flux répétitifs est une réalité tangible et efficace.
Mais l’accompagnement d’entreprise, dans leur stratégie et structuration repose sur une réalité complètement différente : chaque entreprise est un système singulier.
Les problématiques que rencontrent les équipes, la manière dont l’organisation s’est construite dans le temps, les nombreux non-dits qui circulent dans les réunions de direction… et même la relation entre un manager et ses collaborateurs : rien de tout cela ne se ressemble d’une entreprise à l’autre. Pas de copier-coller possible ! Pas de template applicable à tous les contextes humains et organisationnels.
En clair : l’automatisation d’une mission de conseil reste, en tout cas à ce jour, une illusion.
Non pas par limite technologique temporaire, mais parce que la nature même du problème à résoudre est contextuelle, relationnelle, et profondément humaine.
Ce que l’IA apporte concrètement sur le terrain
Quoi qu’il en soit, l’IA est bien présente et il convient de savoir l’utiliser. L’ignorer serait passer à côté d’un levier réel de qualité et d’efficacité.
Quels usages dans mon quotidien ?
L’analyse de documents longs et de rapports.
Lors de phases d’audit et diagnostic, le volume de données produites (ou l’historique notamment à analyser) est important. L’IA permet d’identifier rapidement des récurrences, des contradictions, des thématiques qui sortent du lot. Le gain de temps est incroyable et les résultats pointent justement vers les éléments des documents.
Les synthèses de réunions et visios.
Avec des outils comme Plaud, il est possible de transcrire et synthétiser automatiquement les échanges lors de sessions de travail. Cela me libère clairement de l’attention lors des réunions, plutôt que de prendre des notes en parallèle. Je reste donc concentré dans la conversation pour identifier des points d’attention ou des comportements particuliers.
Les angles morts.
Et non ! Tout voir, tout sentir et avoir la parole juste et parfaite dès les premiers instants n’est pas possible (enfin, pas pour moi). Après des premières réflexions (bien humaines), soumettre une analyse ou une recommandation à un modèle d’IA pour en tester la cohérence, identifier des contradictions, ou explorer des hypothèses alternatives est devenu un réflexe.
L’IA joue ici le rôle d’un interlocuteur exigeant, dans son rôle et sans jugement.
Les livrables et synthèses. Structurer une note de synthèse à partir de notes, de cartes mentales ou adapter un document à différents niveaux de lecture : quel bonheur ! Ces tâches sont considérablement accélérées par l’IA. Tout en sachant que la relecture est obligatoire pour identifier un mauvais cheminement ou un faux positif !
A noter : mes usages avec différentes IA n’intègrent jamais de données personnelles ! En cas d’analyse de structuration d’équipes, les données personnelles des documents initiaux sont anonymisés ou supprimés. La réintégration est ensuite effectuée manuellement.
Ce que l’IA ne remplacera pas aujourd’hui (ne jamais dire « jamais »)
Après 3 ans d’usage au quotidien, je suis en mesure d’identifier clairement ce qui reste hors de portée de ces outils dans mon métier de conseil.
La lecture d’une réunion en présentiel (un peu moins en visio).
Lors d’une réunion ou d’un Codir, percevoir la tension entre dirigeants, sentir qu’un silence signifie davantage qu’un acquiescement, ajuster son positionnement en temps réel, c’est une compétence qui s’appuie sur plusieurs années d’expérience terrain (et un peu d’empathie aussi). La présence physique est irremplaçable !
La relation de confiance dans la durée.
Un dirigeant qui s’engage dans une démarche de transformation ou de développement le fait parce qu’il fait confiance à une personne, pas à un outil. Cette confiance se construit dans le temps (ou par bouche à oreille), par la qualité des échanges et surtout la discrétion 😉
Le jugement contextuel.
Savoir quelle recommandation est juste dans ce contexte précis, avec ces personnes-là, à ce moment-là.
C’est un exercice de discernement que l’IA ne peut pas exercer à la place du consultant. Elle peut informer ce jugement. Elle ne peut pas le porter.
Ma solution actuelle : articuler IA et IH (intelligence humaine)
La question n’est pas « faut-il utiliser l’IA ? » mais « comment articuler intelligemment IA et intelligence humaine ? »
L’IA traite efficacement ce qui est répétable, structurable, volumique (des agents existent pour cela). L’intelligence humaine prend en charge ce qui est singulier et relationnel. Dans les métiers d’accompagnement (que ce soit du conseil, de formation, de management), les deux intelligences cohabitent sur chaque mission.
A mon avis, les entreprises qui tireront le meilleur parti de ces outils ne seront pas celles qui auront remplacé leurs consultants ou leurs managers par des IA (et j’en vois partout). En fait, ce seront celles qui auront su équiper leurs professionnels pour qu’ils gagnent en capacité d’analyse, en vitesse de traitement, et en disponibilité pour se consacrer davantage à leur présence et leur jugement (ou la conviction, l’instinct, le feeling !)